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D'AIMANCE

Présentation


Lou pense que l’amour est à inventer. Qui d’autre qu’elle oserait énoncer ou annoncer un tel projet ? Mais après tout, inventer l’amour et le vivre différemment (des autres) ou autrement (que dans nos relations précédentes), c’est plus ou moins le projet qu’on couve quand on aborde une nouvelle relation… Coccinelle qui est l’amante (prétendument provisoire mais non moins en titre) de Lucie, adhère à l’élan passionnel que Lou nourrit pour elle et D’aimance est le récit de la quête de Lou pour inventer l’amour avec Coccinelle. Lou consigne le déroulement de leur histoire au travers de leur correspondance, de leurs échanges émotionnels et sensuels. Mais une part importante est également donnée à la retranscription du vécu intérieur de Lou. Ce qui fait aussi du livre une intériorité qui se donne à lire. C’est un cheminement qui devient un parcours initiatique. C’est aussi le récit d’une métamorphose.

Extraits

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L'amour est à inventer, c’est pour ça que je dis l’aimance. L’aimance, c’est le mot que je donne à l’amour qui est à inventer. Tu te rappelles, comme tu disais qu'on parle de l'invention d'une grotte, c’est-à-dire de sa découverte... Pour inventer l’aimance, je crois qu'il nous faut des mots. Des mots pour la dire et des mots pour la vivre. C'est pour ça que dans ce livre j'écris ce que les mots veulent dire pour nous. Avec quels mots exactement nous nous aimons. Et pourquoi il en faut d'autres que ceux de l'androlecte ou alors dotés d'autres définitions. L'aimance a besoin d'un imaginaire comme espace de déploiement, et les mots sont les matériaux qui bâtissent cet imaginaire. p 74.



Ce matin, je suis tombée amoureuse de toi aussi quand j'ai été saisie d'émerveillement par la sensation sous mes doigts lissant tes ailes, c'est souvent lorsque tu me procures de l'émerveillement que je tombe amoureuse de toi, cette sensation sous mes doigts c'était comme si tout le délicieux de toi, de ton corps se rassemblait là pour m'être donné à éprouver, se concentrant là pour mieux se diffuser tout en moi. La sensation de ta fifalie ne restait pas sous mes doigts, elle s'installait en mémoire exquise dans ma bouche, en mémoire exquise à mes ailes, s'étendait dans tout mon corps en accueil de ton plaisir affolant mes ailes de battements m'enivrant de ton odeur happant mon être au rythme de nos respirations dans les mouvements de ton bassin en harmonie de tournoiement de mes doigts, et après je ne sais plus car c'est devenu interstellaire, on s'est accordées je crois au mouvement des planètes, et l'univers a vibré d’un orgasme.
Je suis tombée amoureuse de toi aujourd'hui aussi quand je t'ai vue, nue, lire le plan du métro, on aurait dit une naïade. Je t'ai prise en photo. Il fallait que j'en garde une preuve matérielle : comment tu tenais ton plan du métro comme une devineresse lisant l'avenir de notre journée dans un coquillage. Tu étais sublime de grâce, sur la pointe des pieds, un genou à terre, toute en courbes de corps et droite en souveraine, naïade au bord de l'eau qui s'épanchait tout soudain entre le lit et la fenêtre avec des bruits de clapotis d'une eau claire jaillissante à la source de mon corps déversant mon amour à tes pieds en grand concert de chants d'oiselles s'égosillant des joies de l'été en plein Paris au mois de mars. Et on le voit sur la photo ! Comment fais-tu tout ça, ma Coccinelle ?!
Et puis je suis tombée amoureuse de toi aussi aujourd'hui quand tu as dit en majesté : « Se mettre à la portée des gens, d'abord c'est les insulter, ensuite c'est une fiction dont on use pour être médiocre, cela n'a rien à voir avec moi ! » Je m'endors épuisée, agrippée à ton dos pour traverser la nuit pour aller jusqu'à demain où je vais tomber amoureuse de toi encore et encore, c'est sûr. Et à chaque fois c'est saisissant et bouleversant comme la première fois, ce jour béni entre tous où tu m'as trouvée. Ça en demande du souffle de t'aimer, mon éblouissante ! p 59.



Tu déroules sous mes yeux une foule de gestes que je ne pratique pas, ou auxquels je ne prête d’ordinaire aucune attention. Faire la lessive, par exemple, devient une affaire sérieuse avec toi. Moi, je lave mon linge quand je n’en ai plus, je le pends vite fait sans considérations atmosphériques (quand je ne l’oublie pas dans le tambour de la machine), puis je le roule en boule dans un coin. Mais toi, tu choisis la lessive pour son parfum, tu étends le linge soigneusement, tu le plies, tu le ranges, et je comprends que c’est le ciel d’été que tu veux capturer dans les draps qui accueillent nos nuits. Je te regarde faire, je te regarde donner de l’importance à tous les gestes du quotidien dont je n’avais pas l’imagination, et je t’approuve, même quand j’ai l’air de résister, c’est seulement le temps qu’il me faut pour que j’en intègre le bien-fondé, je ne sais pas déjà comme je suis en train d’apprendre et de changer. Toute je m’ouvre en accueil de toi. Je me laisse enraciner par toi dans la vie matérielle, avec reconnaissance, d’autant que tu ne me reproches pas mes incompétences, tu prends le parti d’en rire, de t’en étonner avec une délicatesse savante. p 103.


Comment nous retrouvons-nous malgré tout ? Il y a un charme, l’alchimie opère comme en charme. Chaque mise en présence, fut-elle par la voix, nous rend l’une à l’autre en aimantées. Parfois il y a des points de suspension ou des retranchements, mais ils n’égratignent que la surface. Et tu m’embrasses… En m’embrassant, tu m’insuffles une foi en nous inébranlable. Quand tu m’embrasses c’est tout mon corps qui est embrassé jamais la sensation ne reste dans ma bouche, elle s’étend à tout mon corps intérieur extérieur ces notions disparaissent quand tu m’embrasses j’ai un autre corps un corps en substance jouissante en substance aimante un corps à géométrie variable le plus souvent sphérique contenu dans nos bouches et les contenant, contenu dans ton corps et le contenant, lui aussi à géométrie variable quand je t’embrasse lui aussi sans intérieur sans extérieur sans frontières avec mon corps quand nous nous embrassons nos corps s’interpénètrent concentriques en nos bouches nos corps se mêlent se cherchent jusqu’à ce que nos ondes de plaisir s’accordent en vibratoire. Quand tu m’embrasses, je suis pleine de toi, tu dis : « quand tu me donnes à t’embrasser », tu m’infiltres en plénitude, tu me dis que tu m’aimes dans ta langue je jouis de ta langue qui me dit que tu m’aimes ta langue qui m’embrasse est une langue performative quand tu m’embrasses je m’éprouve toute à toi en oui, toute en oui à toi, ta langue me parle le langage de ton être, quand tu m’embrasses tu fouilles ma langue avec ton âme, je fouille ton âme avec ma langue quand je t’embrasse toute en délicée de ta langue toute en délicée de ton délice quand tu m’embrasses…
- « C’est exactement ça ! Mais tu n’as pas tout dit... »
- « Non, bien sûr, je n’ai pas tout dit, l’écriture est une tentative maladroite. Le plus souvent entre le projet d’écriture et la chose écrite il y a un gouffre, alors entre la chose vécue et la chose écrite, tu penses bien… »
- « Tu ne parles pas de l’étendue des corps ? »
- « Je le vis plutôt comme une concentration. »
- « En densité, bien sûr, c’est une concentration, mais dans la durée, il y a l’étendue des corps dans la durée. Ça déborde de la concentration qui renvoie encore aux limites des corps alors que l’étendue, elle déborde de ces limites. Ça déborde et ça dilate, c’est pour ça que je parle de durée parce que ça dilate le temps. »
- « Oui, c’est vrai. »
- « Je n’ai jamais embrassé comme je t’embrasse, comme tu me donnes à le faire. Personne ne m’a jamais embrassée comme tu le fais. Tu sais quoi ? En dehors de nous, ça n’existe pas. » p 129.

 

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Dernière mise à Jour : 7 janvier, 2009