L'année
2008 verra-t-elle simultanément le soixantième
anniversaire de la déclaration universelle des
droits de l'homme par l'ONU et la destruction de ses
principes par la même ONU ? Tout porte à
le redouter, tant depuis un certain nombre d'années,
par ses dérives, l'ONU s'est caricaturée.
À Durban, en Afrique du Sud, s'est tenue en 2001
la Conférence mondiale contre le racisme, à
l'initiative des Nations Unies, dans la ville même
où Gandhi avait commencé à exercer
son métier d'avocat.
C'est au nom des droits des peuples
que furent scandés des « mort à
l'Amérique » et « mort à Israël
» ; et c'est au nom du relativisme culturel qu'on
fit silence sur les discriminations et violences commises
contre les femmes.
Alarmée par les graves dysfonctionnements ainsi
mis en lumière au sein de sa « Commission
des droits de l'Homme », l'ONU inaugurait en juin
2006 un tout nouveau « Conseil des Droits
de l'Homme » (CDH), censé remédier
à de si préoccupantes dérives.
Aujourd'hui, le constat est plus qu'amer : c'est à
la consécration même de
ces dérives que nous assistons dans
la perspective du forum dit de Durban 2,
qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l'élaboration
officielle de nouvelles normes marqueront, si elles
sont gravées dans le marbre, d'une nouvelle et
très particulière Déclaration des
droits de l'homme, la
mise à mort de l'universalité des droits.
Par
sa mécanique interne, les coalitions et les alliances
qui s'y constituent, les discours qui s'y tiennent,
les textes qui s'y négocient et la terminologie
utilisée anéantissent la liberté
d'expression, légitiment l'oppression
des femmes et stigmatisent systématiquement
les démocraties occidentales.
Le
CDH est devenu une machine de guerre idéologique
à l'encontre de ses principes fondateurs. Ignorée
des médias, jour après jour, session après
session, résolution après résolution,
une rhétorique politique est forgée pour
légitimer les passages à l'acte et les
violences de demain.
Une « triple alliance » composée
de la Conférence des Organisations Islamiques
(OCI) représentée jusqu'à ce jour
par le Pakistan, du Mouvement des Non Alignés
où Cuba, le Venezuela et l'Iran ont un rôle
central, et de la Chine – avec la complaisance
cynique de la Russie – œuvre ainsi à
la mise en place d'une véritable révolution
prétendument « multiculturelle ».
Ainsi, le Rapporteur spécial de l'ONU
sur les formes contemporaines du racisme Doudou Diène
déclare d'ores et déjà qu'énoncer
une critique contre le port de la Burqa constitue une
agression raciste, que la laïcité
est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste
et que la loi française contre le port des signes
religieux à l'école participe du racisme
antimusulman, renommé « islamophobie occidentale ».
La confusion des esprits
est à son comble quand est dénoncée
comme une attitude raciste toute critique de la religion.
C'est une menace radicale contre la liberté de
penser qui est en train d'être cautionnée
par l'ONU. En assimilant au racisme toute critique des
dérives de ceux qui parlent au nom de l'islam,
parce que supposée relever d'attitudes néo-colonialistes,
les porte-paroles de cette nouvelle alliance serrent
un peu plus le garrot qu'ils ont passé au cou
de leurs propres peuples et sapent les fondements d'une
civilité très chèrement acquise
en Europe depuis les guerres de religion.
En septembre 2007, la Haut commissaire aux droits de
l'homme, Mme Louise Arbour, participait à une
conférence à Téhéran consacrée
aux « droits de l'homme et la diversité
culturelle ». Portant le voile, comme la loi de
la République islamique l'exige, la Haut commissaire
a été le témoin passif de l'énoncé
des principes à venir ainsi résumés
: « offense aux valeurs religieuses considérée
comme raciste ». Bien pire, c'est dès le
lendemain de cette visite que 21 iraniens, dont plusieurs
mineurs, furent pendus en public. C'est en sa présence
que le président Ahmadinejad a renouvelé
son appel à la destruction d'Israël, pays
membre de l'ONU créé par cette dernière.
Interrogée sur son silence, la Haut commissaire
a justifié sa passivité par le respect
de la loi iranienne auquel, en tant que juriste, elle
s'estimait tenue et par souci de « ne pas offenser
ses hôtes ».
Charbonnier est maître chez soi… c'est le
Docteur Gœbbels qui utilisait cet argument d'opportunité,
à la tribune de la SDN (Société
des Nations) en 1933, pour se soustraire à toute
critique d'une institution internationale impuissante
mais dont les principes n'étaient au moins pas
dévoyés comme ceux de l'ONU aujourd'hui.
Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin
de mots pour se légitimer. La parole
annonce le passage à l'acte. De Mein
kampf à radio Mille Collines, de Staline
à Pol Pot, les exemples abondent pour confirmer
la nécessaire extermination de l'ennemi du peuple
au nom de la race, au nom de l'émancipation des
masses laborieuses, ou au nom d'un ordre supposé
divin. Les idéologies totalitaires avaient remplacé
les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues
« d'avenir radieux », ont ouvert grande
la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre
2001, quelques jours après la fin de la conférence
de Durban, c'est bien au nom de Dieu que le plus grand
crime terroriste de l'histoire fut commis.
Face à cette stratégie, les démocraties,
d'abord soucieuses de leur balance commerciale, font
preuve d'une extraordinaire passivité. Que pèse
le sort du peuple tibétain face aux enjeux des
exportations vers la Chine ? Quel est le prix de la
liberté pour Ayan Hirsi
Ali, ex-députée néerlandaise,
menacée de mort, après l'assassinat en
2004 de son ami le réalisateur Théo Van
Gogh, supposé avoir blasphémé l'islam
dans le film Soumission ? Les exemples s'additionnent,
qui de Taslima Nasreen
à Salman Rushdie,
de Robert Redeker à
Mohamed Sifaoui, apportent
la preuve que l'intégrisme islamiste
impose sa loi par la terreur. Combien d'Algériens,
de femmes au Maghreb, au Proche-Orient, en Turquie,
au Pakistan ont déjà payé du prix
de leur vie leur refus de se soumettre à l'obscurantisme
religieux ?
Si
par malheur, l'ONU devait consacrer l'imposition
de tels critères, si le blasphème
devait être assimilé à
du racisme, si le droit à la critique
de la religion devait être mis hors
la loi, si la loi religieuse devait s'inscrire
dans les normes internationales, ce serait
une régression aux conséquences
désastreuses.
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L'Assemblée
Générale de décembre 2007 a déjà
entériné des textes condamnant des formes
d'expression considérées comme diffamatoires
de l'islam.
L'enjeu est clair ; il est mondial : c'est de la défense
des libertés de l'individu dont il est question.
Soit les démocraties se ressaisissent, à
l'exemple du Canada qui vient d'annoncer son
refus de participer à la conférence de
Durban 2, estimant qu'elle risquait d'être «
marquée par des expressions d'intolérance
et d'antisémitisme », et cessent
de s'abstenir ou de voter des résolutions contraires
à l'idéal universel de 1948, soit l'obscurantisme
religieux et son cortège de crimes politiques
triompheront sous les bons auspices des Nations unies.
Et lorsque les paroles de haine
seront transformées en actes, nul ne pourra dire
« nous ne savions pas ».